Du mal à m’endormir, je repense à toi.
Je ne me souviens même pas de ton nom.

Tout ce dont je me souviens, c’est de t’avoir tenu pendant que l’on t’assassinait.

Toute jeune chienne, on venait de te découvrir une maladie incurable. Des sommes avaient déjà dépensées pour établir le diagnostic, on pouvait te maintenir sans souffrance, mais l’éleveur avait du proposer un autre chiot «indemne» à la place.

«On s’attache déjà trop.»

Alors on t’a déposé à la clinique, te laissant aux vétérinaires pour être euthanasiée.

Tu as compris que tout était fini quand tu es monté sur la table froide, à l’arrière de la clinique, tu t’es uriné dessus. J’ai tenté de te montrer un minimum de compassion alors que l’on t’assassinait.

Je n’ai rien pu faire, mais pour moi, c’est tout comme si j’avais signé ton arrêt de mort et fait la piqûre moi même.

Tu n’étais pas le seul être que j’ai du assassiné, laissé à l’abandon. Et tout les autres dont je voyais l’erreur médicale et l’euthanasie proposée comme seule solution. Je vous ai vu passer, la tâche me revenait de vous mettre dans des sacs – roses ou transparents – puis dans le congélo jusqu’à ce que le camion passe.

Foutu congélo où l’on retrouvait des chatons tout juste nés dans la poubelle des déchets biologiques à éliminer. «Pour payer moins chère.»

Sur tous ces mois où j’ai travaillé en clinique vétérinaire, je n’ai jamais eu de formation pour gérer la mort, que ce soit la mort de mes patients ou les attitudes à avoir face à vos gardiens (qui parfois n’en ont que le titre). De toute façon, on voulait que j’ai le moins de formation possible.

Depuis, je ne pleure plus quand mes propres animaux arrivent en fin de vie. Je sens qu’il me manque quelque chose. Je n’arrive plus à réaliser, je n’arrive plus à prendre conscience du décès. J’oublie, et je m’en veux.