Chère Motivation,
Chè-reuh Mo-ti-va-tion.

Comment débuter ma lettre ? Je ne sais plus quelles sont mes motivations.
Les retrouver ?
Vous ai-je perdues ou est-ce la dépression chronique qui vous fait fuir ?
Vous semblez vous repousser l’une l’autre.

J’ai écrit il y a quelques mois – c’était en plein été et ici, l’automne s’installe – une lettre d’adieu à ma dépression, espérant te faire revenir, espérant la faire partir. J’avais même écrit tout ce que je voulais pour septembre. J’ai pas coché grand chose, j’ai même du en décocher.
«Poilus heureux et en bonne santé» : que dire du décès de Cookies et du mal être de Baz ? Certes, c’est à contre-balancer par le fait que Jiji et McGonagall sont arrivées, que Baz a vu la vétérinaire ostéopathe et que cela devrait s’arranger…
«Avoir une deuxième voiture» : c’était fait, et, fin septembre, voilà que quelqu’un nous envoie la Clio à l’hosto ! Là encore, elle revient bientôt chez nous.

J’ai l’impression de chercher des excuses à ton absence Motivation, après tout, ça ne va pas si mal, les choses sont juste reportées ou prennent plus de temps que prévu. Pour d’autres, je me suis rendue compte que ce n’était pas vraiment ce que je voulais ou que je ne pouvais pas gérer pour le moment.

Dois-je accuser l’inertie pour ton absence ? Ou dois-je m’accuser de compter sur des événements extérieurs pour te faire revenir ? Dois-je seulement accuser quelque chose ?
Ce serait sûrement de l’énergie perdue, alors qu’à la place, à l’instar de tous ces slogans bien être et développement personnel, je pourrais l’utiliser pour «être le changement dont je rêve».

J’ai lu, encore et encore, sûrement pas assez, mais je fatigue. Je ne retiens pas les mots, hélas. Je ne vois pas de changement. Il y en a sûrement, mais pas ce déclic.
Je doute qu’il existe, la vie n’est pas un roman, on ne peut pas se rendre compte en cinq minutes qu’il faut changer et appliquer dans la foulée un nombre incalculable de nouveaux principes. Enfin, peut-être que des personnes y arrivent, mais moi, ça me terrorise toujours et ça me fatigue.
Toujours cette fatigue.
Même en écrivant, je fais des pauses, mon cerveau reste bredouille, les connexions ne se font plus, je reste dans le brouillard. Un brouillard permanent, est-ce ça le «Mitote» dont parlent les Quatres Accords Toltèques ?
Pff, encore des principes à appliquer. J’ai beau lire et relire le livre, ça ne rentre pas autant que je le voudrais, autant que je l’aurais espérer.

Et puis, tout ça, tout ce mal-être, est-ce que ça vient de moi ? Est-ce que ça vient des autres ? Est-ce que ça vient de la société qui me demande d’être comme ça ? Après tout, pour le dernier point, j’ai une image de neuro-atypique à maintenir ! Il faut bien justifier l’AAH, le suivi psychologique, l’aide à l’emploi spécifique… Je ne sais plus où s’arrête ma maladie et où commence la maladie reconnue par la société.

Des projets, des rêves… J’en avais, je crois, une version idéalisée je pense. Je ne suis toujours pas douée en jardinage, mes essais sont plus fructueux chez les autres ! Tant mieux pour eux.
Je ne sais plus ce que je sais faire. Sais-je faire quelque chose ? Suis-je capable de faire ce que je pense savoir faire ?
De quoi avoir le tournis.

J’ai perdu le fil, alors je vais revenir au sujet initial.
Toi, oui toi Motivation, ne m’oublie pas, non, ne m’oublie pas (pour paraphraser).